Pasteurisation, UHT, microfiltration... Tous les traitements n'ont pas le même impact sur la qualité nutritionnelle du lait
© L. Prévosto UHT ou pasteurisé : l'impact des traitements thermiques sur la qualité nutritionnelle des laitsLe lait est majoritairement consommé sous forme pasteurisée dans les pays industrialisés, mais dans certains pays d’Europe comme en France, le lait UHT représente 90 % de la consommation de lait.Récemment, la microfiltration, a été développée comme traitement de stabilisation microbiologique ne dénaturant pas les qualités organoleptiques du lait. La fraction protéique constitue un atout majeur du lait, avec le calcium. Or, les traitements thermiques induisent des modifications structurales qui sont actuellement bien établies et qui potentiellement peuvent affecter la qualité nutritionnelle des protéines. Ces modifications peuvent par exemple induire la perte de certains acides aminés ou la formation d’agrégats protéiques néoformés (Léonil et al, 1997, Guyomarc et al, 2003). Cependant, il n’existe pas de données quantifiant chez les l’homme ces altérations structurales lors des process. Le suivi des protéines du lait au cours de la digestion chez l'homme sainDes volontaires sains (n = 24) ont ingéré l’équivalent d’un demi litre de lait microfiltré, pasteurisé ou UHT. Les protéines du lait ont été préalablement marquées intrinsèquement avec de l’azote 15N. Cet isotope stable, alors représentatif des protéines laitières, a été suivi dans différents pools azotés (urée, acides aminés et protéines plasmatiques, urée urinaire) les 8 h suivant le repas. L’azote 15N retrouvé dans l’urée est considéré comme irréversiblement perdu, donc non retenu par l’organisme.Nous montrons que les cinétiques et le bilan de transfert d’azote 15N dans les pools azotés sont identiques entre la pasteurisation et la microfiltration, indiquant une utilisation métabolique similaire des protéines laitières. Au contraire, une augmentation du transfert d’azote 15N dans tous les pools azotés étudiés est obtenue pour le lait UHT, se traduisant au final par une augmentation de 7 % des pertes d’azote alimentaire dans l’urée. Cependant, on observe également que l’incorporation d’azote alimentaire dans les protéines plasmatiques est augmentée avec le lait UHT, témoignant une bonne capacité des acides aminés alimentaires à soutenir les synthèses protéiques. De ce fait, l’hypothèse la plus plausible pour expliquer l’augmentation de pertes irréversibles d’azote alimentaire avec le lait UHT est une accélération des cinétiques de vidange gastrique et non une altération biochimique des protéines. L’accélération des cinétiques digestives est en effet un facteur majeur de la stimulation du catabolisme des acides aminés alimentaires.
Une accélération des cinétiques de vidange gastrique de l’azote du lait UHT permettrait d’expliquer l’augmentation conjointe des pertes de désamination et de l’incorporation d’azote alimentaire dans les protéines plasmatiques. |
| Claire Gaudichon claire.gaudichon@agroparistech.fr |
Joëlle Léonil joelle.leonil@rennes.inra.fr |
| Physiologie de la Nutrition et du Comportement Alimentaire INRA-AgroParisTech 16 rue Claude Bernard 75231 PARIS |
Science et Technologie du Lait et de l'Oeuf INRA-AGROCAMPUS Ouest 65 rue de Saint-Brieuc 35042 RENNES |